La reconstruction d’une salle de quartier

Le collectif Pas d’Avenir Sans Avenir, aux côtés d’autres forces vives du quartier, n’était pas hostile par principe à l’accueil de la petite enfance sur le quartier1. C’est plutôt que le site choisi par les élus n’était déjà plus le terrain vague qu’ils décrivaient. Le collectif entreprend en effet d’occuper le site de l’Avenir de diverses manières dès l’automne 2015, notamment par des donneries et des repas de quartier. L’idée est aussi que le plus grand nombre puisse s’approprier cet espace, comme lors d’une journée ironiquement intitulée « Aménagement du territoire » en mars 2016.

La construction d’un modeste préau s’avère rapidement nécessaire pour s’abriter. Petit à petit, des murs y sont ajoutés, un espace permettant de tenir une petite buvette y est aménagé, bientôt doté d’une cuisine. C’est aujourd’hui là que se tiennent la plupart des réunions des différents collectifs utilisateurs du lieu. C’est aussi là que sont préparés les repas, qu’ils soient destinés à des maraudes ou aux cantines collectives.

Ce modeste appentis manquant un peu d’envergure, nous avons commencé à débattre de l’opportunité de construire nous-même la salle de quartier que la ville nous refusait. Enthousiasmés par l’idée, des membres du collectif dégottent un hangar à la campagne. Il est à donner, à condition de venir le démonter. La lutte pour la salle de l’Avenir connaît alors un nouveau tournant. Le hangar est amené en pièces détachées sur le site, et les différents éléments sont remontés au sol. Les fermes sont levées petit à petit à la force des bras des nombreuses personnes venues prendre part à la construction. La dernière est redressée en novembre 2017. Un beau moment collectif suivi d’un concert qui défie la boue et le froid.

Une fois les tôles en place, fêtes, bouffes et discussions se succèdent à l’abri de la pluie mais pas des courants d’air. Le collectif, choisi donc de monter des murs en terre-paille, une technologie certes plus rustique que les vitres du téléphérique, mais qui a fait ses preuves. Vers la fin de l’été 2018 un copain paysan à Daoulas est prêt à nous céder de quoi faire les murs à un prix dérisoire en échange d’un coup de main pour ramasser les bottes au champ. L’occasion, pour les citadins les plus endurcis du collectif, de s’essayer au maniement de la fourche. La livraison de la paille, en tracteur, crée l’évènement place Guérin.

Le chantier des murs débute un peu plus d’un an plus tard, en juin 2019, avec les conseils avisés d’amis ruraux plus expérimentés en la matière. L’enduit est un mélange de glaise, de bouse et d’un peu de paille. La ferme de Traon Bihan est mise à contribution pour la bouse, périlleusement acheminée jusqu’à l’Avenir. Une fois la première couche sèche, un enduit de finition est apposé, à base de glaise et de sable à l’extérieur et de kaolin à l’intérieur. Au-delà d’un progrès matériel indéniable pour notre salle de quartier, ces journées de chantier sont de beaux moments partagés. Chaque jour, une trentaine de personnes répondent à l’appel du collectif, toujours dans la bonne humeur. Une cantine nourrit tous les midis l’équipe de volontaires. Il faudra au total trois sessions de trois jours pour doter l’Avenir de ses beaux murs, en attendant portes et fenêtres.

En parallèle de la construction de la salle, certains et certaines expriment l’envie de faire profiter le quartier d’un four à pain à l’ancienne. Mais les briques réfractaires, qui ont les propriétés thermiques qui nous intéressent, coûtent cher et ne courent pas les rues. L’occasion est trouvée lorsqu’un immeuble abritant jadis une boulangerie est rénové à quelques centaines de mètre de l’Avenir. La cave est occupée par un imposant four de terre et de pierres. On nous autorise à en récupérer les fameuses briques, à condition de faire place nette. De nombreuses personnes se relaient et s’échinent à défaire petit à petit l’ancien four à la lumière des frontales. Avec l’aide de connaisseurs et connaisseuses, un beau four voit le jour dans un coin du terrain, une fois encore sans moyens mais avec une belle énergie collective. Il permet bientôt d’organiser fournées et repas partagés.

Ces chantiers sont menés avec des moyens dérisoires, en fonction des opportunités et des disponibilités. Ils ne visent pas uniquement à répondre à des besoins matériels, ils sont aussi l’occasion de partager des savoirs. On vient participer, et on repart avec des notions élémentaires de charpente ou de maçonnerie. On apprend à talocher ou à faire un curry aux légumes pour 30 personnes. Ce sont surtout des moments aux cours desquels – dans ce quartier populaire – des habitants et des habitués entreprennent de répondre à leurs besoins et à leurs envies, loin des logiques marchandes et des perspectives économistes. Pour reprendre les mots d’un communiqué que nous avions publié pour inviter aux finissions des murs, « bien plus qu’une salle de quartier qui s’édifie, c’est une manière commune de vivre la ville qui s’expérimente ici2. » La joie qui s’exprime lors de ces chantiers vient aussi du sentiment d’arracher un peu de temps et d’espace au rouleau-compresseur de « politiques urbaines » décidées sans nous et contre nous.

1 Publié sur avenir-brest.fr d– Rubrique « Communiqués » – https://avenir-brest.fr/communiques/creche/

2 Publié sur avenir-brest.fr – Rubrique « Communiqués » – https://avenir-brest.fr/communiques/chantiers/